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Rencontre avec Marc Fumaroli de l’Académie française

Michel Bouvier : La fréquentation quotidienne de nos racines littéraires au sens large est la source même de vos nombreuses réflexions. Les bibliothèques constituent probablement l’essentiel de votre terrain de chasse. Mais je crois que vous savez à quel point ces bibliothèques vivent aussi de leurs échanges avec le monde de la librairie.

Marc Fumaroli : C’est une évidence. Elle est aussi forte que l’interdépendance entre les musées et le monde des marchands d’art et des antiquaires. On pourrait reprendre le mot de Pierre Rosenberg à propos des musées : une bibliothèque publique qui n’enrichit pas sa collection de livres anciens ou rares est une bibliothèque stagnante et bientôt mourante.

M. B : Je suppose que la présence au Grand Palais d’un salon tel que celui que nous préparons vous réjouit.

M.F. : Dans le domaine du livre ancien, rare ou précieux, Paris peut jouer le rôle central qui est aussi le sien dans le monde du dessin, et qu’il ne joue plus dans celui des autres arts visuels, capturé par les places de Londres et de New York. En ce qui concerne le patrimoine en mains privées, aussi bien pour le livre que pour le dessin et les oeuvres d’art, le gisement français n’a pas son pareil. Mais le commerce français du livre et du dessin est resté à la hauteur de ce privilège.

M.B. : La contiguïté du Salon du livre et du Salon de l’estampe originale est également, de manière symbolique, l’occasion de réfléchir à la place de l’image dans notre patrimoine littéraire. Vous êtes particulièrement bien placé pour en parler.

M. F. : Toujours davantage, j’ai été fasciné par la concomitance chronologique de l’invention de l’imprimerie et de celle de la gravure sur bois ou sur cuivre dans la Nuremberg du XVe siècle. Le livre enluminé avait été l’une des grandes trouvailles du Moyen âge, conjuguant au texte plus ou moins réservé aux lettrés des images merveilleuses destinées aux « illettrés », c’est-à-dire aux « laïcs » de haut rang qui lisent en langue vulgaire, mais ignorent le latin. L’invention de l’imprimerie et de la gravure a « démocratisé » le livre enluminé et permis à un vaste public d’acquérir des livres où l’image fixait dans la mémoire le sens du texte tout en focalisant l’attention sur l’essentiel du message. La pédagogie, les sciences, les arts ont reçu un essor inouï de cette conjonction du mot et de l’image, mise à la portée de tous.

M.B. : La rhétorique, La Fontaine, Chateaubriand... Et maintenant, quel est l’objet de vos investigations ?

M. F. : Justement, l’image, le génie du christianisme dans l’histoire des images.

© La lettre du SLAM, n° 25 (avril 2007)

Published 25 Jan 2011

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