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Rencontre avec Francine Szapiro, libraire-galeriste à Paris

Vous avez créé récemment un nouveau concept de librairie, l’espace art-mode®Saphir Monceau, concept que vous avez même protégé. De quoi s’agit-il exactement ?

C’est une librairie unique à Paris, avec à la fois des livres écrits par des femmes et des livres sur les femmes, mais aussi, parce que la culture et la création ne se limitent pas au monde de l’écrit, des tableaux et des sculptures représentant des femmes (femmes inspiratrices, vaste sujet), ou créés par des femmes et surtout (d’où le qualificatif d’espace art-mode® que nous avons déposé) une part majeure faite à la création de vêtements, de fourrures et de bijoux, aussi bien sur le plan livres (livres et albums sur la mode, avec un rare recueil de correspondances d’un marchand de dentelles du XVIIIe siècle qui a collé des dizaines d’échantillons dans ses lettres) que sur le plan des bijoux ou des vêtements, pour lesquels je me suis adressée à des créatrices contemporaines françaises ou étrangères. Pour les bijoux, j’exclus complètement, pour des raisons de sécurité, tout ce qui est pierres ou métaux précieux. Mais je m’ a d resse ici aussi à des créatrices contemporaines qui m’ont proposé des pierres dures facettées souvent extraordinaires.

Comment avez-vous évolué du livre vers la mode ?

C’est une idée qui me trottait en tête depuis longtemps. Sans remonter loin dans les générations précédentes, le côté mode était très présent dans ma famille par mes cousins Brunswick, le " fourreur qui fait fureur ". Et j’avais, côté livres, avant mon mariage, guidée par une femme extraordinaire, ma prof de français au lycée Lamartine, passionnée par son métier et en même temps très féministe, rédigé un mémoire de maîtrise sur Jean Lemaire de Belges et Marguerite de Bourgogne. J’ai épousé un bibliophile impénitent, petit-fils de bibliophile, et la maison s’est trouvée envahie de livres anciens alors que je commençais une thèse de lettres sur Louis de Boissy, auteur du XVIIIe siècle dont il n’existe aucune édition moderne, ce qui fait que j’ai eu très vite à la maison mes livres anciens à côté de ceux de mon mari. Lui et moi, pour essayer d’endiguer cette invasion, avons décidé d’ouvrir notre première librairie-galerie en 1979, boulevard Saint- Germain. Librairie-galerie d’emblée, car j’étais à l’époque journaliste spécialisée en art et culture, et à défaut de connaître des clients, je connaissais des artistes ! Le côté mode n’est revenu en force que plus tard, par étapes, avec d’abord, sur la suggestion d’une amie dinardaise, une exposition qui confrontait, il y a plus de dix ans des foulards d’Yves Saint-Laurent avec des gravures abstraites de Jacques Camus. L’exposition, dans notre galerie de Dinard, avait eu un réel succès et depuis, l’idée d’une librairie-galerie-espace de création consacré à la femme me trottait dans la tête. Le déclic s’est fait il y a un peu plus de deux ans, lors d’une visite au salon du prêt-à-porter, quand j’ai vu des collections inspirées par des écrivains tels que Françoise Sagan ou Boris Vian. Je passe sur les discussions parfois un peu longues avant de trouver un accord avec les créatrices et les créateurs pour cette formule inédite, et à la rentrée de septembre 2005, j’ai ouvert cet espace artmode®Saphir Monceau, qui est aussi, d’abord, une librairie spécialisée en livres anciens de et sur les femmes.

Le champ de cette spécialité peut être plus étendu qu’il n’y paraît…

Oui, c’est une spécialité au sens large : on trouve à la galerie des livres ayant appartenu à des femmes célèbres (la comtesse de Verrue, Marie Laurencin, la princesse d’Anhalt…), des livres illustrés par des femmes peintres, des livres réellement féministes (comme ceux des suffragettes du début du XXe siècle), des biographies ou des mémoires de femmes célèbres à des titres très divers, de Marie-Antoinette à la duchesse d’ Aumale ou à Mademoiselle Mars, des ouvrages de femmes comme la duchesse de Duras, et des livres spécifiquement sur la mode, certains curieux comme cette thèse de médecine du début du XIXe siècle sur le retentissement pathologique des cosmétiques et du luxe chez les femmes… Je pourrais presque dire que rien de ce qui concerne les femmes n’est étranger à ma librairie, et je suis sûre que ma prof de français l’aurait appréciée. J’ai déjà plus d’une centaine de titres sur le sujet, du XVIe siècle à nos jours, et j’en rentre presque chaque jour de nouveaux, dans le cadre d’une recherche centrée non sur le féminisme mais sur la femme, véritable recherche transversale qui réinsère le livre dans un ensemble culturel plus significatif : celui qui essaie de déterminer la place majeure de la femme dans notre histoire et dans toutes les manifestations, aussi bien artistiques que littéraires, qu’elle a inspirées à notre culture.

© La lettre du SLAM, n°17 (janvier 2006)

pour en savoir plus....

www.galerie-saphir.com

Published 25 Jan 2011

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